MARABOUT D’FICELLE

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MARABOUT D’FICELLE : être d’ici/venir d’ailleurs

  • DISPOSITIF / Ma caravane aménagée comme une maison/atelier mobile s’installe au cœur des villages, en divers endroits du territoire défini, pour un temps d’échange autour d’un dessin. Je propose dans cet atelier mobile une rencontre avec des familles en difficulté, en rupture sociale, isolées ou déplacées, qui ont un ou plusieurs objets à partager, et initie un temps d’échange durant lequel je réalise le dessin des objets qu’elles auront amenés. Ainsi l’image obtenue donne à voir bien plus que l’objet représenté, un véritable « portrait » de la rencontre et des enjeux évoqués, un dialogue, durant lequel l’objet sera utilisé comme vecteur de l’expérience et de l’émotion que le dessin doit capter. Des prises de sons sont réalisées durant le temps du dessin et en restituent l’originalité des témoignages.
  • OBJECTIFS / Le prétexte à la rencontre est donc un objet appartenant à la famille et qui permet d’initier le dialogue, objet comme support du discours, objet qu’on transmet ou qu’on emporte avec soi, dont le sens dépasse la fonction. L’objet devient un témoignage, la métonymie d’un parcours : c’est une porte d’entrée pour raconter un rapport au monde qui conditionne le lien familial, les contraintes sociales et économiques qui entravent les désirs et nivellent les rapports sociaux, qui poussent à l’exil ou assignent à résidence, isolent. C’est aussi l’occasion de revaloriser son histoire, de partager entre les générations.  Le dessin a pour but de mettre à jour le contraste entre la fonction banale ou unique, quotidienne ou déchue de l’objet, et l’investissement intime qu’il condense. Il s’agit de  décrypter le système de signes que l’objet représente, le mythe, pour engager le lien vrai. Roland Barthes dit dans Mythologies : « Nous voguons sans cesse entre l’objet et sa démystification, impuissants à rendre sa totalité : car si nous pénétrons l’objet, nous le libérons mais nous le détruisons ; et si nous lui laissons son poids, nous le respectons mais nous le restituons encore mystifié ».
  • RESTITUTION / Le résultat de la collecte donnera lieu à une installation qui réunira les dessins présentés dans des fenêtres, annotés par les participants sur les carreaux, et celles-ci seront réunies en cercle autour du décor de la caravane, symbolisant la place de village sur laquelle le voyageur s’installe temporairement. Les fenêtres, montées sur châssis, seront accompagnés des enregistrements audio effectués durant le temps du dessin, et disponible par l’intermédiaire d’objets sonorisés et de casques.
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Mobilités et Séparations

 

 

MOBILITÉS ET SÉPARATIONS / Du mythe d’un nouveau nomadisme à la crise des politiques migratoires

Ma pratique plastique met en œuvre peinture et vidéo au sein d’une installation qui interroge le traitement politique et médiatique de ce qu’on appelle aujourd’hui « la crise des migrants » mais que l’on devrait appeler la crise des politiques migratoires. Quelle place est accordée par les États à ces femmes et ces hommes sans abris à l’échelle mondiale ? L’extrême mobilité du monde contemporain, érigée en condition humaine par le mythe d’un néo-nomadisme fondé sur le progrès technologique, peut-elle justifier la mise à la marge d’une population déplacée, qui a perdu une partie de ses droits et toute représentation. La dissolution dans le mouvement peut-elle nous faire oublier les murs qui partout se dressent pour faire échec à une mobilité échappant à la gestion des flux ?
Présentant un long mur fait de palettes trouvées, de carton et de grillage, rappelant aussi bien les campements de fortune que les barrières de séparation, cette installation est complétée par des peintures, sur châssis ou bien sur bâche plastique de protection. Chacune représente des migrants en fuite, passant clandestinement des frontières, d’après des images issues du flux médiatique, et s’enfonçant dans une nature hostile qui les absorbe. Enfin des téléphones mobiles sont insérés dans la structure à l’aide de fils de fer barbelés, et présentent des vidéos montées en split-screen, comme autant de « strates » de circulation longeant des murs et des grillages.

 

 

 

 

Paysages connectés

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PAYSAGE CONNECTE / A la manière des images numériques, qui passent de l’enregistrement d’une trace sensible à l’écriture d’un signe, transformant toute matière en information1, tout phénomène tend à être converti en contenu informationnel, assimilant le monde sensible à une base de données numérisées. Alors, difficile de penser qu’un quelconque objet observé, qu’un contact visuel avec le monde, ne puisse être augmenté d’un contenu informationnel, décrivant, analysant et proposant une interprétation, une histoire, fictionnelle ou documentaire, bref, que l’ensemble de ce qui a été vu et su sur cet objet ne soit pas disponible sur le web. Une nouvelle grille de lecture « horizontale » et superficielle, reposant sur un réseau d’informations, structure notre nouveau rapport au monde hyperconnecté. Le paysage (ou le réel objectivé en paysage) en tant que construction culturelle médiatisée devient un espace d’articulation entre l’approche sensible du monde et ce nouveau rapport télématique qui déterritorialise et indifférencie dans le flux d’informations – le numérique n’étant pas en mesure de faire territoire.

 

Déchets urbains

DÉCHETS URBAINS / L’écart entre l’image de la ville véhiculée par les politiques de la ville, la culture mainstream, le marketing, et l’appréhension physique du vécu urbain est un lieu de questionnement où se révèle l’impensé urbain, ce qui échappe à la communication. Quelle place occupe le citadin dans la ville-vitrine alors que son expérience de l’espace urbain l’exclut de l’histoire racontée ? Les poubelles, en tant que symptôme des difficultés à partager l’espace urbain, occupent le cœur de ma recherche en servant à la fois de forme et de support. Le discours passe donc par un réinvestissement de cet objet urbain, on ne peut plus trivial, qu’est le sac poubelle, pour en faire le lieu d’une critique sociale et architecturale. En s’installant au pied des barres d’habitation, vestiges d’une politique de logement productiviste et imposant un ordre social, ils renvoient par leur fonction à une vision standardisée de l’habitation et des modes de vie caractéristiques des constructions environnantes, référence appuyée par les peintures d’immeubles modernistes répétant les normes architecturales de la modernité internationale, symbole d’un échec social et politique reposant sur la norme et l’exclusion.